Avec Nicole SEMEY et AFP

Le journaliste camerounais Martinez Zogo a été retrouvé mort, dimanche. L’animateur et directeur de radio Amplitude FM avait été enlevé le 17 janvier, devant un poste de gendarmerie, à Yaoundé. L’opposition et des organisations de défense de la presse dénoncent un « assassinat ».

Un journaliste porté disparu dans des circonstances floues depuis plusieurs jours au Cameroun a été retrouvé mort, dimanche 22 janvier, ont annoncé son média et sa famille. Alors que l’opposition et des organisations de défense de la presse dénoncent un « assassinat », l’Union européenne a « fermement » condamné un « meurtre », lundi 23 janvier.

Martinez Zogo, 51 ans, était le directeur général de la radio privée Amplitude FM, basée à Yaoundé, et l’animateur vedette d’une émission quotidienne, Embouteillage, diffusée du lundi au vendredi et très écoutée dans la capitale camerounaise. Il avait disparu mardi dans des circonstances troubles.

Son corps a été découvert tôt dimanche matin à 15 kilomètres au nord de Yaoundé, a affirmé à l’AFP Charly Tchouemou, rédacteur en chef de la radio Amplitude FM. Ce dernier a assuré avoir reconnu sa dépouille, ajoutant que son cadavre était nu et entré en état de décomposition. Le décès a également été confirmé à l’AFP par la compagne de Martinez Zogo, et une source policière sous couvert de l’anonymat. Sollicitées, les autorités n’avaient pas donné suite dans l’immédiat.

« L’Union européenne condamne fermement le meurtre du célèbre animateur de radio camerounais, Martinez Zogo », a déclaré Nabila Massrali, la porte-parole du chef de la diplomatie européenne dans un communiqué.  « Il est essentiel qu’une enquête approfondie, déjà annoncée par les autorités, clarifie toutes les circonstances de ce meurtre et que les responsables soient traduits en justice », a affirmé la porte-parole européenne.

« L’Union européenne rappelle le rôle crucial joué par des médias libres et indépendants au Cameroun et dans le monde pour des sociétés démocratiques et libres », a-t-elle souligné.

Le Syndicat national des journalistes du Cameroun dénonce un « assassinat odieux »

Un journaliste engagé

À l’antenne, ce journaliste engagé abordait régulièrement des affaires de corruption, n’hésitant pas à mettre en cause nommément des personnalités importantes. Il avait notamment été détenu préventivement deux mois en 2020 dans une affaire où il était accusé de diffamation. Le Comité de protection des journalistes (CPJ) avait alors réclamé sa libération et exhorté le gouvernement à dépénaliser cette infraction.

Le Syndicat national des journalistes du Cameroun a dit, dans un communiqué, sa « consternation », dénonçant un « assassinat odieux » et appelant les travailleurs des médias à se vêtir de noir le 25 janvier pour marquer leur deuil.

L’International Press Institute, organisation de défense de la liberté de la presse basée à Vienne, a exhorté les autorités camerounaises à « enquêter rapidement sur le meurtre horrible du journaliste Martinez Zogo et veiller à ce que les coupables soient traduits en justice ».

L’opposition politique s’est également indignée, à l’image du député de l’opposition du Social Democratic Front (SDF), Jean-Michel Nintcheu, qui a dénoncé dans un communiqué un « crime » qui « ne saurait rester impuni ».

Sa disparition avait été confirmée par le gouvernement dans un communiqué samedi. Une enquête avait été ouverte quatre jours plus tôt pour faire la lumière sur les circonstances de sa disparition, selon une source policière ayant requis l’anonymat.

L’ONG Reporters sans frontières (RSF) affirmait vendredi que Martinez Zogo avait été « enlevé » le 17 janvier aux alentours de 20 h devant un commissariat de la périphérie de Yaoundé. Il a bien été vu pour la dernière fois devant un poste de gendarmerie, avait confirmé la source policière précitée, qui ajoutait ne « pas disposer d’indices pour affirmer qu’il s’agit d’un enlèvement ».

Sa dépouille a été acheminée dans la matinée à la morgue de l’hôpital central de Yaoundé, selon Charly Tchouemou. Une foule importante y était réunie ainsi que de nombreux éléments des forces de l’ordre, a constaté un journaliste de l’AFP. Une autopsie devait être réalisée sur place, a indiqué à l’AFP une membre de la famille de la victime sous couvert de l’anonymat.

« Il y a de nombreuses zones d’ombres concernant les circonstances de son enlèvement brutal. Les autorités doivent lancer une enquête rigoureuse, approfondie et indépendante pour établir toute la chaîne de responsabilité et les circonstances qui ont conduit à ce triste événement », a déclaré à l’AFP Sadibou Marong, responsable du bureau Afrique subsaharienne pour RSF.

Dimanche, plusieurs chaînes de télévision camerounaises ont dédié leurs programmes à cet événement. Interrogée sur la chaîne Info TV, la célèbre romancière Calixthe Beyala s’est dite « abattue, attristée. Je savais qu’il était mort dès qu’on a annoncé qu’il était enlevé. On peut se poser la question : à qui le tour ? Chacun de nous peut se retrouver dans cette situation pour quelque chose qu’il aurait peut-être dit ».

Avec AFP

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