Avec Nicole SEMEY et AFP

À quelques jours de ses 119 ans, sœur André, doyenne de l’humanité, est décédée mardi. Clouée sur un fauteuil roulant, aveugle, la religieuse vivait mal d’avoir perdu en partie ses capacités, mais elle tenait grâce à sa « foi profonde », selon ses proches. La probable nouvelle doyenne des Français est une Vendéenne de 112 ans, Marie-Rose Tessier.

La doyenne de l’humanité, la Française sœur André, est décédée mardi à 118 ans, après une vie marquée jusqu’au bout par le goût des autres et un humour ravageur.

À quelques jours de ses 119 ans, « elle est décédée à 2 h du matin. Il y a une grande tristesse mais elle le voulait, c’était son désir de rejoindre son frère adoré. Pour elle, c’est une libération », a annoncé à l’AFP David Tavella, chargé de la communication à l’Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes Sainte-Catherine-Labouré de Toulon, sur la côte méditerranéenne, où elle résidait. Les obsèques se dérouleront dans la plus stricte intimité, a-t-il ajouté.

Depuis plusieurs années, la religieuse née Lucile Randon le 11 février 1904 à Alès (Gard), ne cachait pas une certaine lassitude : elle souhaitait « se retirer de cette affaire ». Mais « le bon Dieu ne m’entend(ait) pas », avait-elle confié à l’AFP en janvier 2022, lors d’une longue rencontre. 

Clouée sur un fauteuil roulant, aveugle, sœur André vivait mal d’avoir perdu en partie ses capacités. « On dit que le travail tue, moi c’est le travail qui m’a fait vivre, j’ai travaillé jusqu’à 108 ans », racontait-elle en avril 2022, lorsqu’elle avait été faite doyenne de l’humanité, après le décès à 119 ans de la Japonaise Kane Tanaka.

Aucun organisme officiel n’attribue ces titres de doyen ou doyenne mais les spécialistes s’accordaient pour dire que sœur André était jusqu’à présent la personne la plus âgée vivante dont l’état civil avait été vérifié. Le livre Guinness des records avait lui aussi acté ce record le 25 avril.

Covid-19

Dans sa maison de retraite, elle ne disait jamais non à un petit chocolat ou à un verre de porto. Sa vie était ponctuée par une messe chaque matin. Elle se présentait toujours dans ses habits de religieuse, un fichu bleu sur les cheveux.  Elle portait en elle « sa mission de ‘servitrice’ des autres », expliquait en avril sœur Thérèse, une autre pensionnaire, certaine que « sa foi profonde » la faisait tenir. 

La porte de sa modeste chambre restait toujours ouverte au cas où quelqu’un aimerait passer une tête car « toute la journée seule avec sa douleur, c’est pas drôle ». 

En 2021, elle avait traversé l’épidémie de Covid-19 sans difficulté, devenant un symbole d’espoir qui avait suscité un flot de lettres du monde entier. 

Elle blaguait régulièrement sur le record à battre, celui de Jeanne Calment, morte à 122 ans à Arles en 1997, dans ce sud de la France qu’elles ont partagé. Jeanne Calment reste donc la personne ayant vécu le plus longtemps dans l’histoire de l’humanité et dont l’état civil a été vérifié.

Mais sœur André est tout de même la 4e personne ayant vécu le plus longtemps, derrière Jeanne Calment, Kane Tanaka et une Américaine, selon Laurent Toussaint, spécialiste de la longévité extrême en France interrogé par l’AFP.

La probable nouvelle doyenne des Français est une Vendéenne de 112 ans, Marie-Rose Tessier, née Bousseau le 21 mai 1910, a indiqué à l’AFP Laurent Toussaint qui participe à la base scientifique IDL (International Database on Longevity). Il faut néanmoins être « très prudent », a-t-il insisté car il est possible qu’une personne encore plus âgée ne soit pas connue.

« Partager un grand amour »

Issue d’une famille protestante non pratiquante, sœur André, écrit au masculin en hommage à l’un de ses trois frères qu’elle adorait, a été gouvernante à Paris avant de rentrer tardivement dans les ordres, au sein de la compagnie des Filles de la Charité. 

Sa mémoire intacte jusqu’au bout, elle partageait beaucoup de souvenirs, la dramatique perte de sa jumelle Lydie à 18 mois ou son arrivée à Paris. « Je n’avais vécu que dans le Gard, dans une petite ville, moche, j’arrivais dans une ville radieuse. Je m’occupais de deux enfants. »

Elle a travaillé officiellement jusqu’à la fin des années 1970 et passé ensuite 30 ans dans un Ehpad en Savoie où elle s’occupait de pensionnaires parfois plus jeunes qu’elle, avant d’arriver à Toulon.

Elle attendait toujours avec joie la visite de ses petits-neveux et arrières petits-neveux ou celle du maire de Toulon, Hubert Falco, qui a exprimé « son immense tristesse » mardi.

De son long passage sur terre, sœur André aura inlassablement conseillé « toujours d’aimer sans restriction, d’aimer sans rien attendre en retour car quand on aime les autres, quand on va vers les autres, on a pas peur de l’inconnu », expliquait David Tavella, devenu son confident. Et pour elle, s’il devait y avoir deux buts dans une vie ce serait de « partager un grand amour et de ne pas transiger sur ses besoins ».

Avec AFP

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