Avec Nicole SEMEY et REUTERS

Dimanche, des partisans de l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro ont envahi les bâtiments de la Cour suprême, du Congrès et le palais présidentiel à Brasilia. Ces événements sont intervenus une semaine après l’investiture officielle du nouveau chef d’État Luiz Inacio Lula da Silva. Une enquête pour déterminer les responsabilités a été ouverte.

Les sanctions commencent à tomber. La Cour suprême brésilienne a suspendu de ses fonctions le gouverneur de Brasilia, Ibaneis Rocha, pour une durée de 90 jours à la suite de failles sécuritaires ayant permis à des milliers de partisans de l’ancien président Jair Bolsonaro d’envahir et de saccager des bâtiments officiels dimanche 8 janvier. Après plusieurs heures de chaos, les forces de l’ordre ont repris le contrôle des bâtiments.

Il s’agit de la pire attaque contre les institutions brésiliennes depuis que la démocratie a été rétablie dans le pays il y a quatre décennies. Le président Luiz Inacio Lula da Silva, tout juste revenu au pouvoir – et investi le 1er janvier 2023 – a promis que les responsables de cette émeute seraient traduits devant la justice.

Le juge de la Cour suprême, Alexandre de Moraes, a également demandé aux réseaux sociaux Facebook, Twitter et TikTok de bloquer les comptes d’utilisateurs répandant une propagande antidémocratique.

« Ils seront punis »

Des dizaines de milliers de contestataires ont envahi dimanche la Cour suprême, le bâtiment du Congrès et le palais présidentiel à Brasilia, brisant des fenêtres, endommageant le mobilier, détruisant des œuvres d’art et dérobant l’exemplaire original de la Constitution de 1988. Des armes ont par ailleurs été saisies dans un bureau de la sécurité de la présidence.

Lula a reproché aux forces de sécurité de la capitale, qui répondent au gouverneur Ibaneis Rocha, ancien allié de Jair Bolsonaro, de n’avoir rien fait pour empêcher la progression des émeutiers.

« Tous ces gens qui ont fait ça seront retrouvés et ils seront punis », a dit le président de gauche depuis l’État de Sao Paulo, où il était en déplacement.

Il a par ailleurs blâmé Jair Bolsonaro pour avoir, selon lui, incité ses partisans à la révolte avec une campagne d’accusations sans fondement de fraude électorale.

Des centaines d’arrestations

Le ministre de la Justice, Flavio Dino, a indiqué que 200 manifestants avaient été arrêtés. Ibaneis Rocha a, lui, écrit sur Twitter que le nombre d’arrestations dépassait 400.

Venho informar que mais de 400 pessoas já foram presas e pagarão pelos crimes cometidos. Continuamos trabalhando para identificar todas as outras que participaram desses atos terroristas na tarde de hoje no Distrito Federal. Seguimos trabalhando para que a ordem se restabeleça.— Ibaneis Rocha (@IbaneisOficial) January 8, 2023

Flavio Dino a déclaré qu’une enquête viserait notamment à déterminer qui a financé les centaines de cars ayant transporté les partisans de Jair Bolsonaro à Brasilia. Ibaneis Rocha fera aussi l’objet d’une enquête pour les failles sécuritaires.

Organisation sur les réseaux sociaux

Aucune démarche n’a été entreprise par les forces de sécurité pour prévenir les incidents, alors même que les partisans de Jair Bolsonaro prévoyaient depuis au moins deux semaines, via des groupes sur des plateformes telles que Telegram et Twitter, d’occuper des bâtiments gouvernementaux.

Des messages consultés par Reuters au fil de la semaine écoulée montraient que des membres de ces groupes organisaient des rendez-vous dans différentes villes à travers le pays, d’où partiraient vers Brasilia des cars affrétés pour l’occasion. 

Le projet des contestataires incluait aussi un siège devant le quartier général de l’armée, où des groupes pro-Bolsonaro campaient déjà depuis la courte victoire de Lula à l’élection présidentielle du 30 octobre.

La police anti-émeute a été déployée sur les lieux seulement deux heures après le début de l’invasion.

Visé par plusieurs enquêtes de la Cour suprême, Jair Bolsonaro est parti en Floride deux jours avant la cérémonie d’investiture de Lula. Il pourrait devoir quitter les États-Unis, alors qu’il bénéficie d’un visa accordé aux dirigeants en fonction et que des parlementaires américains se sont prononcés dimanche soir en faveur de son expulsion.

Avec Reuters

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