Par Arlette Framboise Doumbe Ding

Ils auraient bien pu enterrer son corps pour ne pas laisser de traces. Mais ils ont choisi « d’exposer » son corps comme s’ils souhaitaient que l’on voie les souffrances qu’ils ont infligées au journaliste qui dénonçait la prevarication de la fortune publique.

Cette façon d’opérer n’est pas anodine. Les assassins de Martinez Zogo sont visiblement entrain d’envoyer un message aux journalistes et probablement à tous ceux qui exercent leur liberté en dénonçant la prevarication de la fortune publique au Cameroun . Bref , ils essaient de faire peur , d’imposer le silence, de réprimer la liberté.

Voilà le pays dans lequel nous vivons. Dans les discours ont dit que les prévaricateurs de la fortune vont rendre gorge. Mais dans les faits, ce sont ceux qui dénoncent ces prévaricateurs de la fortune publique qui rendent gorge. L’un vient d’être assassiné froidement alors qu’il dénonçait des malversations sur les lignes 94 et 65. D’autres sont en prison depuis deux ans pour avoir demandé des enquêtes ou un audit sur la gestion de l’argent de la Can.

Tout se passe désormais au Cameroun comme si ce sont les victimes de la prevarication de la fortune publique qui rendent gorge pendant que les prévaricateurs eux-mêmes sont plutôt célébrés comme des héros. Quelle tristesse 😭😭😭

Tout cela remet sur la table le problème des libertés au Cameroun.

Car avant Martinez Zogo, le lanceur d’alerte Paul Tchouta avait été lui aussi enlevé nuitamment, conduit vers la périphérie de la ville de Yaoundé puis déshabillé et torturé avant d’être laissé pour mort. Les images de son visage tuméfié avaient fait le tour de la toile témoignant de l’ampleur de la violence qu’il avait subi. C’était un miracle qu’il ait pu se relever après que ses bourreaux l’ait laissé pour mort. Martinez Zogo n’a pas eu la même chance. Visiblement le commando de la mort s’est assuré qu’il est bien mort avant de partir.

Que ce soit avec Paul Tchouta ou avec Martinez Zogo, ce commando de la mort semble agir selon le même mode opératoire. Il vous file et vous enlève nuitamment, vous conduit dans un véhicule vers la périphérie de la ville, vous déshabille et vous soumet à des séances de tortures cruelles et inhumaines. Derrière ces scènes macabres, c’est la liberté qui semble visée .

Certains ont dit qu’il n’y avait pas de problème de liberté au Cameroun parcequ’il existe des dizaines de radio, TV et autres titres de journaux dans ce pays aujourd’hui. Mais ce qui est arrivé à Martinez Zogo et a Paul Tchouta montre combien ils se trompent sur la définition de la liberté.

Être libre ne signifie pas vivre dans un pays qui compte de nombreuses chaînes TV ou radio. Être libre c’est aussi avoir le droit d’être ou de ne pas être d’accord avec ce qui se fait . C’est avoir le droit de ne pas se soumettre à la loi d’omerta . Martinez Zogo avait-il le droit de ne pas être d’accord avec ce qui se passe sur les lignes 94 et 65 au Cameroun ?

Le chemin de la liberté est encore long au Cameroun. Abandonner la lutte pour la liberté aujourd’hui c’est comme abandonner nos vies entre les mains des crapules.

Le plus bel hommage qu’on puisse rendre à Martinez Zogo aujourd’hui c’est de continuer la lutte pour les libertés au Cameroun.

Notre peuple doit apprendre à se bouger face à l’inacceptable pour obliger les autorités à mettre la main sur les criminels à col blanc qui se cachent parmi nous. Trop de cadavres dans les placards au Cameroun. Il faut faire quelque chose.

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